Geneviève Manceaux, écrivain

Ma démarche

Qu’est-ce qui peut bien, la cinquantaine passée, pousser une femme, même initialement formée aux arts et aux lettres, à s’engager sur la voie périlleuse d’une carrière d’écrivain ? C’est cette sorte de motivation qui s’est imposée à moi au tournant des années ’90 quand, devenue spécialiste de l’enseignement auprès d’élèves en difficulté après avoir œuvré dans le domaine des communications, je me suis trouvée en position de choix pour faire concrètement le lien entre incurie éducative et souffrance individuelle et collective.

Il en a d’abord résulté une trilogie romanesque ayant pour toile de fond principale (« Romance noire en deux mouvements », 1998), sous-jacente (« République du Nulle-Part », 2010) ou encore anecdotique (« Les Rescapés du Graal », 2011) le thème de l’abus dans l’enfance. Et ce que la forme romanesque ne permettait pas, je l’ai exprimé au travers de l’essai « Effets d’un historique d’abus sur l’apprentissage scolaire d’un jeune garçon » (2013), à savoir ma thèse de doctorat en psychopédagogie, fruit d’observations recueillies dans le cours de ma pratique en orthopédagogie.

D’une expérience de travail auprès de ces déshérités parmi les déshérités que sont les apprenants autochtones en difficulté, est ensuite née une conférence prononcée à l’Université de Rennes en 2003, publiée dans une monographie sur la violence en milieu scolaire, parue aux Presses de cette université sous le titre « Du lien entre violence auto-infligée et degré d’usage de la langue vernaculaire » (2005).
Chargée subséquemment de monter un service aux élèves en difficulté dans une grande école internationale de Tunisie vouée au service des enfants de l’élite, je fus témoin direct des Évènements de janvier 2011. Les notes et réflexions tirées de cette expérience singulière ont pris la forme, à mon retour à Montréal, d’un récit intitulé « Fleur de tempête », paru en 2013, dont la page couverture reproduit un tableau de moi sous le même titre.

Enfin, un besoin de renouvellement de mes formes d’expression m’a amenée à composer une pièce de théâtre-à-lire – dont je travaille actuellement la réécriture – où ma vision de l’enfance joue toujours un grand rôle.

Que l’écriture soit descriptive, argumentative, narrative ou dramatique, je l’ai donc inscrite dans une démarche indissociable de la question de l’incurie éducative, dans la famille ou à l’école, chez les défavorisés comme chez les favorisés. Malmenée de toutes parts aujourd’hui, l’éducation ne vaut-elle pas que l’on s’y intéresse autrement que dans des cercles professionnels fermés, puisqu’après tout, elle représente encore notre seule chance d’humanité, tel est jusqu’à présent mon fil conducteur …